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25/10/2009

Ghost writing et ghost management: conséquences de la marchandisation croissante de la recherche et de l’information médicales vue par Claude Béraud

Dans le numéro 14 (novembre 2007) de la « Lettre d’actualité médicale » qu’il a rédigée entre 2006 et 2008, Claude Béraud analysait l’apport de deux articles traitant des conséquences de l’externalisation de la recherche médicale et de la rédaction des articles médicaux, source majeure de biais et de conflits d'intérêts dans la recherche clinique et dans l’information médicale qui la présente. La stratégie de maximisation des profits impose une marchandisation croissante, se traduisant par la sous-traitance à des sociétés de recherche sous contrat et à des sociétés de rédaction/ communication médicale, qui n’ont que les laboratoires pharmaceutiques pour seuls clients – et donc nulle indépendance.

Ces deux articles parlent du ghost management (la gestion fantôme, invisible mais omniprésente, de toute la recherche, de la formation et de l'information médicales) dont le ghostwriting est une composante essentielle. Il s'agit de l'écriture fantôme ou de la rédaction appelée "fantôme" parce qu'elle est faite par des employés des firmes qui rédigent des articles signés à la fin par des leaders d’opinion payés pour légitimer scientifiquement cette production. Les ghostwriters sont là non pas parce que les grands pontes n'auraient pas le temps, mais pour faire en sorte que les résultats des essais cliniques apparaissent dans la lumière la plus favorable possible, depuis l'interprétation des données jusqu'à l'écriture, en fonction des exigences du service marketing du laboratoire qui paie.

Ces deux articles nous livrent – par la médiation de Claude Béraud - une précieuse aide théorique, c’est-à-dire des concepts nous permettant de développer un cadre d’analyse critique afin de mieux situer et comprendre les exemples concrets de manipulation de la recherche et de l’information médicale qui sont donnés ici ou là, et de réaliser que tant que durera cette façon de faire, la santé individuelle et publique resteront en danger.

[Mise à jour: Je retire un long fragment présentant Claude Béraud, parce qu'il était totalement trompeur. Je me suis fait avoir par le discours victimaire de quelqu'un qui sait parfaitement influencer en utilisant tous les moyens, afin d'obtenir ce qu'il veut. Preuves à l'appui. Je me suis fait avoir parce qu'un lecteur m'a contacté et me l'a présenté comme une victime, un vieillard malmené, dépressif parce que plus personne ne parle de lui et ne lit son blog, parce qu'il a des choses à dire et à transmettre, mais a besoin d'aide, etc. Je me suis employée à le sortir de la dépression, en utilisant des dithyrambes auxquels il a fini par croire. Je l'ai encouragée à écrire en discutant pendant des heures avec lui des thématiques courantes, en lui disant que j'allais relire, mais aussi faire beaucoup de communication là-dessus, l'aider à laver son honneur, etc.

Il a apprécié, il en a voulu toujours plus, au point de me faire des reproches voilés, parce qu'il n'y avait pas assez de commentaires à tel texte, par exemple, parce que les gens ne le contactaient pas, etc. Il a voulu me proposer même un travail d'esclave: taper à l'ordinateur ses anciens textes et les actualiser (actualiser les données contenues). Et ainsi de suite. Il sait très bien utiliser y compris son âge et sa déchéance, parce qu'on a du mal à dire non à une personne âgée qui se plaint et demande de l'aide. Il m'a remercié chaleureusement, mais toujours en privé. En public, il a essayé de faire de moi un ghostwriter, et il est revenu à la charge. Preuves à l'appui, puisque j'ai pris soin de documenter ses dérapages. Et après plusieurs tentatives de mise au point, après près de deux ans de silence suivi d'un dernier essai de le faire prendre conscience de son comportement, j'ai laissé tomber et retiré les textes. N'ayant jamais donné mon accord pour qu'il utilise mon travail, je demande qu'il disparaisse. Que Claude Béraud publie ce qu'il écrit tout seul, sans relecture portant même sur le langage. Et s'il est mécontent de ce qu'il peut faire tout seul, alors qu'il reconnaisse l'apport des autres ou qu'il arrête.

Je me suis fait avoir parce que, après des expériences désastreuses, j'avais besoin de croire en l'existence de médecins au-dessus de la mêlée, aux pratiques qui concrétisent l'éthique, etc. Claude Béraud s'est révélé être la parfaite négation de la morale, de l'impératif catégorique qui dit de traiter autrui toujours comme une fin en soi, comme un sujet à part entière, mis à égalité, et non pas comme un objet. Claude Béraud a construit un discours en fonction de mes attentes qu'il avait pu voir sur Pharmacritique et, une fois qu'il a bien entériné son influence, n'a eu de cesse de tenter de m'exploiter.

D'autre part, je n'avais pas lu les propos du livre qui déconstruit à juste titre "la crise de foie", mais qui parle de toute douleur abdominale chronique, non objectivée rapidement par lui, comme d'un symptôme de névrose hystérique chez les femmes. En termes très violents. Sans se dire un seul instant qu'il est possible qu'il se trompe, que la médecine a des limites, etc. Il juge en termes violents les tentatives des médecins d'aller au-delà des moyens rapides de diagnostic, car ce serait installer ces femmes dans leur névrose et les amener à un état gravissime et irréversible de névrose dépassée.

Claude Béraud et ceux qui ont travaillé dans son service, selon sa façon de faire, selon son influence, sont responsables des souffrances de milliers de femmes atteintes par exemple d'endométriose, dont les localisations digestives sont très difficiles à diagnostiquer et passent inaperçues lors d'examens radiologiques faits par des radiologues non spécialisés. Beaucoup ne seront visibles que lors de la chirurgie. J'ai évidemment essayé d'aborder ces questions avec lui, à partir d'un paragraphe dans le texte sur la surmédicalisation que j'ai soumis à une relecture approfondie. Il ne veut même pas en entendre parler. Il balaie tout ce qui risque de contredire ses certitudes. Il a une mémoire sélective quant à tout ce qu'il a fait qui ne cadre pas avec l'image qu'il veut laisser de lui à la postérité, image que j'ai contribué à façonner, mais cela sera largement rectifié, preuves à l'appui.

Claude Béraud m'a envoyé ce texte lors d’un échange mentionnant le ghost writing, sur lequel je rassemble des matériaux en vue d’un article synthétique. Il est ironique de constater après coup qu'il critique ce genre de procédés chez les autres, mais qu'il faut beaucoup insister pour qu'il mentionne la participation de quelqu'un d'autre à la rédaction de ses écrits à lui. Mention bien cachée à la fin des notes... Fin de la mise à jour] 

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15/05/2008

Vioxx: Merck a dû payer 4,85 milliards de dollars. Articles édifiants et interview avec le lanceur d’alerte

La prise de position du Journal of the American Medical Association (JAMA), que nous avons traduite dans cette note, partait de l’affaire de David Graham MSNBC.jpgl’anti-inflammatoire Vioxx (rofécoxib). Les exploits prodigieux de ce médicament sont parfaitement résumés dans ce gag vidéo

Répondant au JAMA, la firme Merck dit qu’elle « s’est toujours conformé[e] à des normes élevées d’intégrité scientifique et d’éthique »… Bon exemple de cynisme. Lors des procès mettant en cause le Vioxx (rofécoxib), il a été prouvé que la firme a fait des efforts pour minimiser les risques de morbidité et de mortalité cardiovasculaire. Elle a exercée son influence même au sein l’agence américaine du médicament (FDA), où l’épidémiologiste David Graham a subi de fortes pressions pour se taire. Mais c’est quand même lui qui a lancé l’alerte, et il est depuis sous la protection du sénateur Charles Grassley, le critique le plus avisé des dérapages de l’industrie pharmaceutique. (Rappelons que c’est le tandem Graham – Grassley qui a aussi lancé l’alerte publique à propos d’Avandia (rosiglitazone)).

Merck a payé début novembre 2007 4,85 milliards de dollars pour contenir les actions collectives en justice et dédommager les victimes qui avaient réussi à constituer à temps un dossier complet.

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06/05/2008

Editorial du JAMA pour limiter conflits d'intérêts, ghostwriting et manipulation de la recherche médicale par les laboratoires

Le Journal of the American Medical Association (JAMA) a publié dans son numéro du 16 avril deux articles qui reviennent sur certaines des méthodes employées par le laboratoire 2027682592.jpgMerck pour manipuler les recherches et les études médicales, bref, l’information médicale portant sur le Vioxx (rofécoxib, anti-inflammatoire responsable de dizaines de milliers d’attaques cardiaques et de décès). Cette expérience est particulièrement douloureuse pour le JAMA parce que la revue avait elle-même fait partie des toutes premières à publier une étude très favorables au Vioxx. Les articles parus dans les revues scientifiques étaient réécrits, arrangés, rendant compte d'essais cliniques dont les résultats avaient eux-mêmes été manipulés et pourvus de présentations écrites en bonne partie par des employés de Merck, non déclarés comme auteurs... C’est le problème connu sous le nom de "ghostwriting" ou encore "ghost authorship", désignant les auteurs fantôme, experts en rédaction publicitaire, pas en médecine. Les articles promotionnels qu'ils écrivent selon les directives du service marketing des firmes sont ornés de prête-noms pour faire passer la désinformation : il s'agit de médecins et/ou chercheurs très connus qui n’avaient pas – ou pas totalement – connaissance du dossier, mais qui ont accepté de figurer comme auteurs moyennant finances ou promesse de prestige. L'ampleur du problème est telle qu'on ne sait plus qui porte légitimement le nom d'"auteur". En plus des rédacteurs fantôme (ghost writers), il y a aussi les auteurs invités et autres auteurs dits "honoraires", qui offrent les garanties de respectabilité qu'apportent leurs noms et occultent la manipulation faite en coulisses par les auteurs fantôme et autres "nègres"...

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21/04/2008

La médecine est une mixture de science, de sophismes, biais, illusions d'optique, preuves manipulées et autres croyances, disent Skrabanek et McCormick

Malgré ses dimensions modestes, le livre de Petr Skrabanek et James McCormick, "Idées folles, idées fausses en médecine" (O. Jacob, 1992, trad. Yves Morin) tient ses promesses d'être un "cours d’initiation au 12a6d6171f8af21ca7937cd4917cba7b.jpgjugement critique en médecine", rédigé dans un langage accessible à tous. Et la nécessité de la critique n’a pas diminué depuis la première édition du livre, bien au contraire… Les auteurs s’attaquent aux nombreux sophismes, erreurs de raisonnement, arguments fallacieux, fautes de logique, biais cognitifs, dissonances cognitives, illusions, manipulations des preuves et des statistiques qui ont cours en médecine et qui sont couverts - comme toutes les erreurs - par leurs auteurs eux-mêmes et par la corporation en général, afin de préserver le fondement même de l’autorité dont la médecine peut se prévaloir tant que les cadavres restent dans le placard. Le système se reproduit surtout grâce au sommet de la pyramide : ces pontes qui imposent leurs vues et ne travaillent plus que dans le sens de leur confirmation et de leur maintien. Grâce à leur position stratégique dominante dans le champ respectif, ils ont les moyens d'imposer leurs propres "principes de vision et de division", pour reprendre l'excellente formulation de Bourdieu. Autrement dit, ils décident de ce qui est un problème (maladie, symptôme, technique, etc.) ou non, tout comme de la manière de définir ce problème, de le conceptualiser, de tenter de le résoudre et ainsi de suite. Celui qui a la capacité de poser les termes du débat et de dire ce qui doit faire débat est celui qui a les moyens de rendre "vraies" ses propres hypothèses. C'est la "self-fulfilling prophecy", comme disent les auteurs anglo-saxons.

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