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26/03/2013

A qui appartient la santé des Français ? Scandales sanitaires, recherche en panne… Débat le 28 mars à Tours (Sciences en Bobines)

Le festival Sciences en bobines, organisé chaque année par la Fondation Sciences Citoyennes, en est à sa 8ème édition, qui a lieu dans 13 villes. La dernière séance aura lieu le 28 mars à Tours ; elle s’inscrit dans les « jeudis du CNP », puisqu’elle est co-organisé par Sciences Citoyennes et le Cinéma National Populaire. Le CNP est une associatiation (voir son site) qui se veut « un lieu de remise en question citoyenne, d'explication et de décryptage d'une société aux enjeux multiples » ; les événements qu’il organise visent à « mettre à jour l'idéologie qui sous-tend les discours et les actes politiques, économiques, sociaux, culturels du pouvoir ».

Date et lieu : 28 mars à 20 h 00 au cinéma Les Studios, situé au 2, rue des Ursulines à Tours.

  • 20 h00 : projection du documentaire de Stéphane HOREL, « Les Médicamenteurs »
  • 21 h 00 : débat avec Elena PASCA, philosophe, membre du CA de Sciences Citoyennes, administratrice du blog Pharmacritique.

Elena Pasca fera d’abord une introduction complétant et actualisant les thématiques abordées dans le documentaire « Les Médicamenteurs ». Cette introduction sera suivie d’un débat avec la salle, au cours duquel Elena Pasca répondra aux questions et développera certains points. 

Sur cette page, vous trouverez des informations pratiques (plan d’accès au cinéma Les Studios…). Une participation aux frais de 4 euros est demandée par le co-organisateur, Le Cinéma National Populaire.

**

Voici un court texte introductif que j'ai fait en reprenant certains leitmotivs de mes articles et interventions lors de débats et auditions ainsi que dans les media.

Je poserai les jalons de la discussion avec le public en identifiant les problèmes majeurs du système de santé et de soins, à commencer par la médicalisation (des émotions, des états physiologiques, des étapes de la vie), surmédicalisation, conflits d’intérêts, disease mongering/façonnage de maladies, rhétorique de la prévention…).

Puis je parlerai des spécificités de l'oligopole que forment les multinationales pharmaceutiques et esquisserai le contexte socio-historique et idéologique (surtout le néolibéralisme...) qui a rendu possible l'avènement d'un système déformé de part en part par la surmédicalisation. S'agissant plus spécifiquement de l'influence de l'industrie pharmaceutique - qui a atteint un degré tel que l'on parle désormais de "ghost management" (gestion invisible, mais omniprésente) du système de formation, de recherche et d'information médicale -, je reviendrai sur les changements structurels induits par l'évolution du marché: la panne de l'innovation et l'absence de progrès thérapeutique (exemples à l'appui pour ces dernières années), expiration des brevets de nombreux blockbusters, nécessité de s'adapter à l'explosion du nombre de maladies chroniques et de maladies neurodégénératives, nécessité de trouver d'autres façons de garantir les profits, d'où la prédominance du marketing et l'inversion entre marketing et recherche et développement. D'où aussi la publicité faite pour des médicaments et des actes médicaux sans utilité médicale, mais désormais acceptés socialement (médicaments de confort / lifestyle drugs), interventions de confort, médecine et chirurgie esthétique, interventions visant à booster/renforcer la performance, voire le corps tout entier, alors que la société est de plus en plus perméable à des thèses telles que celles des transhumanistes...

Nous sommes tous co-responsables de laisser se reproduire - au prix d'actualisations minimes, de surface, ce système qui traduit la logique mercantile et les dogmes de l'individualisme néolibéral, y compris dans ce segment de marché qu'est la santé marchandisée. Nous sommes tous responsables de nous conformer en acceptant la médicalisation de notre existence, en acceptant la "correction médico-pharmaceutique" qui nous uniformise, nous met au pas, nous normalise et extirpe la différence.

Passés par l'interventionnisme médical omniprésent, les individus - qui pensent, qui plus est, que la médicalisation est l'expression d'un droit et de la démocratisation de l'accès égalitaire aux soins, finissent potentiellement interchangeables; ils sont uniformisés en tant que force de travail dont la maintenance est assurée par la médecine, comme ils sont uniformisés par d'autres segments du marché néolibéral, qui les gardent et entretient leur force de travail (entertainment, Unterhaltung...) dans l'enclos de l'industrie des loisirs, elle aussi passive et ne demandant que de s'y conformer sans penser, sans exercer l'esprit critique qui pourrait permettre une distance critique par rapport au système. De fausses solutions sont créées par le système lui-même, comme les médecines alternatives (médecines douces, etc.), qui donnent l'impression d'être hors système, voire contre le système, alors qu'elles reposent sur la même logique de médicalisation (tout problème relève de la médecine (ou d'un substitut) et a donc une solution médicale (ou homéopathique, etc.).

Je donnerai quelques pistes pour indiquer des solutions possibles.

J'insisterai particulièrement sur les dispositifs étrangers peu connus, voire inconnus en France (lois, réglementations et dispositifs permettant de réprimer et de dissuader la fraude, la corruption, les conflits d’intérêts, mais aussi d'autres lois protégeant les lanceurs d'alerte et servant de garde-fous pour garantir un minimum d'indépendance de l'expertise en médecine et en santé publique).

Puis je parlerai des médicaments essentiels et donnerai des exemples de campagnes telles que Choosing wisely, Essential Health Benefits, Selling Sickness…), qui tentent de résoudre certaines dimensions de la surmédicalisation et du mésusage (underuse, overuse, misuse…) des médicaments, bref, de tout ce qui s’oppose à un usage rationnel des médicaments et des actes médicaux dans le cadre d’une médecine raisonnée.

Tous ces thèmes sont abordés en détail dans les centaines d’articles que j'ai publiés sur le blog Pharmacritique et ailleurs. Le colloque qui a eu lieu les 27 et 28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny, "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements", a été consacré à certaines de ces thématiques. La deuxième édiction aura lieu les 3 et 4 mai sous le même titre, organisé toujours par le groupe Princeps, dont je fais partie. J'aurai le plaisir d'animer un atelier sur le disease mongering/façonnage de maladies et d'y faire un exposé. Retenez la date. Je donnerai plus de détails sur les ateliers dans l'appel à contribution, posté bientôt.

Elena Pasca

10/10/2012

Ghostwriting (auteurs fantôme) et autres méthodes de manipulation et influence sur la recherche médicale et l’information

Sergio Sismondo a forgé le terme « ghost management » pour parler de l’influence de marketing pharmaceutique,ghostwriting,ghost management,rédacteurs fantôme médecine,société de recherche sous contrat pharmaceutique,nègre fantôme recherche médicale,ghostwriting auteurs recherche médicale,marc-andré gagnon,sergio sismondo,disease mongering,surmédicalisation formes,recherche médicale biais influences,influence pharmaceutique médecine,essais cliniques financement pharmaceutique,manipulation essais cliniques,biais influences fraude pharmaceutique,coût recherche développement médicament,dépenses lobbying promotion pharmaceutique,recherche universitaire financement pharmaceutique,partenariat public-privé pharmaceutique,sanofi gardasil marketing,désinformation médicalel’industrie pharmaceutique : un management total, une gestion invisible, mais omniprésente, de tous les niveaux de la recherche, de la formation et de l’information médicales. Le but ? Créer une désinformation généralisée, car même là où il n’y a pas de conflits d’intérêts, pas de corruption et de fraude directes, il existe des influences directes et indirectes, des biais dans la littérature médicale, etc.

Les principales techniques utilisées sont décrites dans l’article de Sergio Sismondo paru en septembre 2007 dans la revue PLoS Medicine : “Ghost Management: How Much of the Medical Literature Is Shaped Behind the Scenes by the Pharmaceutical Industry?” (Ghost management : quelle est la proportion de littérature médicale façonnée en coulisses par l’industrie pharmaceutique ? PLoS Med 4(9): e286.doi:10.1371/journal.pmed.0040286).

Sergio Sismondo, professeur de philosophie et de sociologie à la Queen's University, a co-signé un article avec le socio-économiste Marc-André Gagnon, professeur adjoint à la  School of Public Policy and Administration, Université de Carleton (que j’ai eu le plaisir de rencontrer longuement en 2010). L’article est paru le 2 octobre 2012 dans le journal canadien Le Soleil sous le titre « Des auteurs-fantômes discréditent la recherche médicale ».

L'illustration accompagne un article intitulé "Half the top US academic medical centres have no policy on ghostwriting" (La moitié des facultés de médecine les plus prestigieuses des Etats-Unis n'ont pas de politique de gestion du ghostwriting), qui commente les résultats d'une enquête rendue publique dans un article de Jeffrey Lacasse et Jonathan Leo, paru le 2 février 2010 dans la revue PLoS Medicine sous le titre "Ghostwriting at Elite Academic Medical Centers in the United States".

Je fais une longue introduction présentant divers aspects liés au ghostwriting, au ghost management et à la manipulation de la recherche médicale, suivie de quelques extraits du dernier article de Marc-André Gagnon et Sergio Sismondo, qui présente certains enjeux de façon synthétique et accessible. Il faut revenir là-dessus, parce que tout le monde devrait comprendre les conséquences de telles mauvaises pratiques de rédaction médicale en termes de déformation et dénaturation de l'information que nous tous (professionnels de santé et usagers) avons sur l'efficacité de tel médicament et de telle intervention médicale, sur le rapport bénéfices/risques, etc. L'emploi d'auteurs fantôme pose la question plus large de ce qu'est un auteur scientifique, mais ce qui m'intéresse ici, c'est que nous comprenions à quel point les apparences peuvent être trompeuses. Même ce qui paraît être certain - l'efficacité et la bonne tolérance de tel médicament apparemment solidement évalué, dans des études multiples d'apparence méthodologique solide (RCT) et avec des résultats apparemment indiscutables - peut n'être que le résultat d'effets rhétoriques visant à placer les médicaments dans une lumière favorable, le résultat de manipulations des données et des résultats, d'une publication sélective (uniquement les résultats favorables, même lorsqu'ils sont minoritaires) et de l'emploi de divers moyens permettant d'embellir la réalité et la rendre commercialement exploitable.

Ce ghost management permet de créer et d’entretenir la surmédicalisation (voir les articles) qui, omniprésente, déforme l’ensemble du système de santé et de soins ainsi que les représentations des usagers. Il permet de verrouiller le système en bloquant ses articulations stratégiques par des experts ayant des conflits d’intérêts : des leaders d’opinion influents, une sorte de VRP de luxe que certains appellent dealers d’opinion. (Voir les articles sur les key opinion leaders, surtout celui-ci).

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27/01/2012

Publicité directe sur les médicaments sous prétexte d’information des patients: la Commission européenne persiste

Cela fait partie des nombreuses informations reçues pendant ma période d’inactivité (sur ce blog, du moins), qui restent actuelles et devraient être largement diffusées

Voici un communiqué du Collectif Europe et Médicament, de l’ISDB (International publicité directe aux consommateurs,dtca direct-to-consumer advertising,publicité pharmaceutique,paquet pharmaceutique europe,commission européenne industrie pharmaceutique,information directe aux patients,marketing pharmaceutique,médicaments directive européenneSociety of Drug Bulletins) et de Health Action International, daté du 1er décembre 2011 :  « Proposition modifiée de Directive sur l'“information” des patients : quelques améliorations, mais toujours le risque d’une publicité directe aux patients ».

Inutile de faire une longue introduction. Les risques d‘une publicité directe pour les médicaments d’ordonnance (DTCA : direct-to-consumer advertising) ont été abordés en détail sur Pharmacritique, dans les notes accessibles à partir de cette page et de celle-ci, et en particulier dans cet article, qui contient beaucoup de liens et références : « Que vaut l’"information" par les firmes ou "publicité directe aux consommateurs"? Rien pour les patients, tout pour l'industrie! »

 J’ai aussi relayé d’autres communiqués du Collectif Europe et Médicament protestant contre le « paquet pharmaceutique » : ces mesures que la Commission européenne persiste à vouloir faire passer sous des formes plus détournées, malgré les nombreuses critiques (qui ont quand même réussi à éviter le pire). Il s’agit principalement d’abandonner la pharmacovigilance aux laboratoires pharmaceutiques et d’autoriser ceux-ci à se faire une publicité directe, donc sans le filtre critique des professionnels de santé, sous prétexte d’être une source d’information pour les patients, de contribuer à l'éducation thérapeutique et d'aider à une meilleure observance aux traitements.

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15/01/2011

Le Médiator et les autres: faut-il avoir peur des médicaments ? 15 pages d'informations et liens utiles

Le lundi 10 janvier 2011 à 19 : 00, j'ai participé à un débat sur la LCP (La chaîne parlementaire - Assemblée nationale), intitulé "Médiator: faut-il avoir peur des médicaments?" Il s'agissait de situer le Médiator dans le contexte, de comprendre comment ce "drame" - que le patron de l'industrie pharmaceutique Christian Lajoux" désignait comme un "accident" - a pu se produire et si d'autres catastrophes sanitaires sont actuellement en cours ou à venir.

Les participants étaient: Gérard Bapt (député PS, cardiologue de formation), José Duquesnoy (président de l'association des victimes du Médiator ADVM, de la région du Nord), Christian Lajoux (président directeur général de Sanofi-Aventis France et patron du L€€M (syndicat patronal des 300 laboratoires pharma actifs en France) et moi-même (Elena Pasca, philosophe, administratrice de la Fondation Sciences Citoyennes et "auteure" de Pharmacritique). Le débat était animé par le présentateur de l’émission « Ca vous regarde », Arnaud Ardoin.

Cliquez sur « Lire la suite » pour accéder aux commentaires, informations, liens, explications… qui dépassent très largement les thèmes abordés lors du débat. J’essaie d’aborder plusieurs dimensions illustrant le contrôle total de l’industrie pharmaceutique sur la filière du médicament et sur toute l’information qui s’y rattache.

Entre autres: nouvelles tendances: marketing relationnel vs R&D; données socio-économiques des pharmas; conflits d'intérêts des associations; leaders d'opinion (médecins et leaders associatifs) qui verrouillent le système de santé et de soins; industrie du cancer, irrationalité de la pensée s'agissant de certains médicaments; absence d'analyse coût - efficacité; formation médicale continue et presse médicale dans les mains des pharmas; certains propos de Christian Lajoux; l'hypocrisie générale des autorités sanitaires et des médecins quant aux conflits d'intérêts; l'ineptie des codes volontaires de déontologie, etc., etc. Tout cela avec des liens pour approfondir.

La vidéo de l'émission (48 minutes) et l'annonce par la LCP se trouvent dans cet article. Ici, je souhaite rappeler - sur une quinzaine de pages - certaines problématiques essentielles, en donnant des liens pour approfondir. Bref, ce que j'aurais voulu dire dans l'émission si j'avais eu le temps...

Une image très négative de l’industrie pharmaceutique, d’où l'urgence d'une communication très soignée…

Dans des pays où l’opinion publique a pris conscience de la gravité de la situation, suite à des scandales révélés par des media qui font leur travail au quotidien - et non pas une fois par décennie, comme chez nous pour le Médiator -, l’image des laboratoires pharmaceutiques est très détériorée.

Un sondage commandité en 2005 par la Kaiser Family Foundation confirmait l’effondrement de l’image de l’industrie pharmaceutique, et ce malgré les mécénats et autres œuvres de charité pour lesquelles elle dépense plus que d’autres industries aux Etats-Unis.

Seules l’industrie pétrolière et celle du tabac faisait pire. Pour 70% des personnes interrogées, c’est l’industrie pharmaceutique qui est la plus avide de profits et, pour ce faire, met le profit avant les êtres humains, profite de leur malheur.

Selon un sondage de Harris de décembre 2010, les trois industries qu’il est le plus urgent et indispensable de contrôler et de réguler sont, dans l’ordre, l’industrie pétrolière, celle pharmaceutique et celle du tabac. Ces trois sont aussi les moins dignes de confiance et les plus susceptibles d’être malhonnêtes. (Je reviendrai sur cette image dégradée des laboratoires, car il est évident qu’elle explique le recours accru à tout ce pourrait la redresser, donc à des lobbyistes et leurs méthodes publicitaires et de relations publiques).

LEEM : la branche française du lobby le plus puissant au monde, celui qui dépense aussi le plus en activités de lobbying / communication / relations publiques…

Je commence par rappeler quelques-unes des notes parues sur Pharmacritique au sujet du L€€M (Les Entreprises du médicament), représenté par Christian Lajoux lors du débat, histoire de mieux faire comprendre de qui il s'agit. Car il y a une grande différence entre l'image et la réalité, entre le discours et les actes, et j'ai rappelé lors du débat que l'industrie pharmaceutique emploie moult cabinets de lobbyistes qui servent à lisser l'image et à maîtriser la communication et les artifices rhétoriques de façon à détourner le débat vers des terrains consensuels ou en tout cas pas minés, pas de nature à éveiller un esprit critique peu aiguisé en France.

Ceux qui ont suivi les deux séminaires d’ETAL (Encadrement et Transparence des Activités de Lobbying) ont pu mieux comprendre à quel point un lobbyiste maîtrise les techniques de persuasion les plus perfectionnées, qui peuvent vous convaincre que 2 + 2 = 5, malgré toutes les preuves contraires.

Les représentants des pharmas se cachent toujours derrière  diverses formes de clichés du genre: l'industrie pharmaceutique crée des emplois, est indispensable à la société sous sa forme actuelle, car c'est elle qui lui permet les investissements et la recherche permettant de soigner et guérir des maladies telles les cancers, le SIDA, etc.

Ce sont des lobbyistes qui élaborent pour leurs clients les réponses et les stratégies rhétoriques, et j'avais fait remarquer aux autres participants, avant l'émission, qu'il ne fallait pas suivre Christian Lajoux sur ce terrain-là, parce que nous ne pouvions pas à la hauteur. Je le sais pour avoir suivi et analysé la nature de ses interventions médiatiques, servi comme il est par des journalistes pour le moins serviables, si ce n’est serviles. Si les interlocuteurs laissent Lajoux poser les termes du débat, c’est fini, c’est lui qui mène la danse, et les autres perdent leur temps de parole à déjouer les pièges et autres artifices rhétoriques, au lieu de discuter de façon argumentée et chiffrée, sans langue de bois.

Mais la structure d'un tel débat - interventions courtes, alors qu'il ne peut y avoir de réponse par oui ou par non à de telles questions - et le temps imparti (48 minutes pour quatre intervenants, plus les questions du journaliste, plus les interventions de deux spectateurs dont l'un était un ancien visiteur médical, habitué de l'émission, venu soutenir ses (anciens?) patrons - ne permet pas d'aller au-delà des généralités.

Voici quelques articles et notes (réunis sous la catégorie « Ethique et pharmas, firmes et LEEM ») qui en disent long sur la situation actuelle, où l’industrie pharmaceutique mène la danse, et pas seulement par la rhétorique: on laisse le L€€M s’autoréguler, émettre un code volontaire de bonne conduite, non contrôlée et une charte de la visite médicale, tout aussi volontaire... Ces deux caricatures (celle-ci et celle-ci) montrent à quoi ces codes de déontologie volontaire (sic) peuvent servir, d’un point de vue pragmatique…

*** Sarkozy et l’industrie pharmaceutique : le poisson pourrit par la tête…

Cette autorégulation bafoue par ailleurs tous les principes, à commencer par le sens du terme « déontologie », qui est tout sauf volontaire, puisqu’elle relève même pas des éthiques relatives, arbitraires, concurrentielles, mais de la morale et de ce qu’elle a de normatif, par-delà les applications éthiques. Tout cela signifie en clair qu’on se fiche des principes et de la morale.

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16/08/2010

Transparence des conflits d'intérêts des médecins: suivons l'exemple d'Obama avec les Physician Payment Sunshine Provisions

Voici un communiqué de presse que j'ai fait il y a plusieurs mois pour la Fondation Sciences Citoyennes. Laissé de côté à cause de multiples sunshine law.jpgautres travaux en cours, il n'est parti que le 22 juillet... Ce n'est pas le meilleur moment pour des communiqués de presse, mais, comme vous pouvez le constater, les convenances ne m'intéressent pas, même pas s'agissant de respecter les conventions quant à la forme d'un tel texte... Je préfère donner plus d'informations, situer la problématique dans le contexte, donner des liens, pour que le lecteur comprenne que, même s'agissant d'une information états-unienne, cela le concerne tout autant, si ce n'est plus, vu l'inexistence d'une telle législation en France et en Europe.

Logo des lois de tranparence (sunshine laws) de l'Etat du Maine. (Elena Pasca)

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24/05/2010

Affaires illégales de Roche et pressions maximales pour vendre du Tamiflu, selon un ancien employé

Lors d'un procès aux prud'hommes intenté par un ancien employé de Roche, John Miller, celui-ci a dévoilé certains stratagèmes douteux Roche.jpgutilisés par la filiale britannique du laboratoire suisse. Ce dernier aurait imposé aux visiteurs médicaux des objectifs de vente de Tamiflu (l'antiviral oseltamivir) chiffrés à 15 à 20 millions de livres sterling rien que pour une période de neuf mois de l'année 2006. Les visiteurs médicaux devaient se servir de la menace d'une épidémie imminente de grippe - et des peurs générées par la grippe aviaire -, et ne devaient pas s'embarrasser des lois qui limitent aux professionnels de santé la gestion / prescription de tels médicaments.

Nous apprenons par le même article du Financial Times en date du 21 mai, "Roche Accused Over Illegal Tamiflu Deals", que le laboratoire n'aurait pas non plus respecté ce qui avait été décidé par les autorités, à savoir le schéma de distribution prioritaire du Tamiflu considéré alors comme une ressource rare devant être stockée en priorité par des puissances publiques.

D'autres détails à lire dans l'article.

Dans la catégorie "Grippe A H1N1, Tamiflu, vaccins antigrippe..." de Pharmacritique, vous pourrez lire d'autres articles sur des sujets tels: l'inefficacité du Tamiflu, les résistances de bon nombre de souches virales, les effets secondaires, le fait que le médicament était pratiquement condamné à disparaître et n'a été sauvé in extremis que par le marketing de la peur, de même que les méthodes de Roche, telles les pressions sur les autorités pour l'achat de stocks énormes selon les conditions définies par la firme.

© Pharmacritique. Aucune reproduction sans accord préalable.

03/03/2010

"Les nouveaux jackpots des laboratoires pharmaceutiques". Documentaire sur les techniques marketing des pharmas (Canal+ le vendredi 5 mars à 22h45)

Mise à jour: regardez l'intégralité du documentaire sur cette page.

Ce vendredi 5 mars à 22 h 45 sera diffusé, dans l'émission "Spécial investigation", le documentaire "Les nouveaux jackpots des laboratoires", Priligy.jpgréalisé par Sophie Bonnet. (Le même est mentionné aussi sous le titre "Les nouvelles maladies: le jackpot des laboratoires").

Les critiques du Nouvel Observateur et Télérama sont bonnes, quoi que cela veuille dire... J'attends avec impatience de voir le documentaire, puisque j'ai été documentaliste, mais n'ai aucune aucune idée du résultat. En principe, cela devait parler du "disease mongering" (façonnage de maladies, maladies inventées - voir les notes de Pharmacritique à ce sujet), et j'ai donné beaucoup de matériel et recommandé beaucoup d'intervenants spécialisés dans les techniques marketing de l'industrie pharmaceutique et dans les conflits d'intérêts.

C'est d'ailleurs assez frustrant de ne pas savoir quelles informations ont été utilisées et développées, dans quel sens, quelles personnes ont été contactées, etc. Et de ne pas savoir qu'est qui est resté, dans l'ensemble, et quel est le degré de critique... La journaliste Sophie Bonnet me paraît à la fois compétente, professionnelle et lucide sur la question. Mais a-t-elle le dernier mot? Tout passe par tellement de mains... De façon générale, le journalisme d'investigation me semble relever plutôt du passé, vu qu'il dépend du degré d'indépendance des media. Sous Sarkozy, celle-ci n'est plus que lettre morte. Alors qu'en sera-t-il? Bonne surprise ou pseudo-critique édulcorée?

Nous verrons vendredi à 22 h 45.

La bande annonce peut être visionnée sur le site de "Spécial investigation". Il y est question du congrès de la International Society for Sexual Medicine, dont la session 2010 a eu lieu à la mi-juillet à Paris, centrée sur le "dysfonctionnement sexuel féminin", pseudo-maladie très prometteuse en termes commerciaux, de même que sur la publicité pour des molécules telles Priligy, candidat (de la firme Boehringer Ingelheim) à la commercialisation dans l'indication "éjaculation précoce". Le Priligy - ou dapoxétine, selon son nom commercial international - est un antidépresseur détourné, vanté pour l'un de ses effets secondaires qui est de retarder l'éjaculation. La revue allemande indépendante Arznei-Telegramm en a démoli les prétendues vertus dans une analyse sur laquelle je reviendrai.

Rediffusions de ce numéro de "Spécial investigation" :

  • Sur Canal+ décalé: samedi 6 mars à 2h20 et dimanche 7 mars à 6h30 et à 17h10.
  • Sur Canal Sport: lundi 8 mars à 3h05.

La présentation par la rédaction dit ceci: "La grippe H1N1 a permis à l'opinion de prendre conscience du rôle joué par les laboratoires pharmaceutiques. La présence au sein de l'Organisation mondiale de la Santé d'experts financés par l'industrie du médicament a jeté la suspicion sur le bien fondé de la campagne de vaccination. Plus généralement, les détracteurs des entreprises pharmaceutiques les accusent aujourd'hui d'inventer des maladies imaginaires auxquelles elles proposent des remèdes souvent coûteux. Pour «Spécial investigation», Sophie Bonnet enquête sur les techniques marketing mises en place par les laboratoires pour convaincre tout un chacun."

25/09/2009

Exposé de David Healy: les conséquences néfastes de l’influence des pharmas et des conflits d’intérêts sur une recherche médicale déformée pour occulter les effets secondaires

Le 25 mars, le professeur de psychiatrie à l’université de Cardiff, David Healy, a donné une conférence qui a pour point de départ la David Healy Harvard Square Library.jpgréforme de la santé aux Etats-Unis. L’intitulé était “Can Industrialized and Marketized Healthcare be Made Universally Available? (Un système de soins industrialisé et conforme au marché peut-il être rendu universellement acessible ?). On peut visionner cette conférence d’une heure et demi sur You Tube. David Healy y intervient à partir de la huitième minute.

La conférence s’achemine progressivement vers une critique des scories d’une médecine sous la coupe de l’industrie pharmaceutique, un contrôle facilité encore plus par un marché totalement dérégulé. (Comme nous l'aurons en France aussi; il se met en place peu à peu. A bon entendeur…).

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06/08/2009

Elsevier a édité neuf fausses revues médicales. Treize autres allaient sortir pour désinformer les généralistes dans plusieurs spécialités

Pharmacritique a rendu compte en détail du fait que Merck a payé l’éditeur Elsevier pour publier une fausse revue médicale comme s’il elsevier logo.gifs’agissait d’une vraie revue à comité de lecture (peer-reviewed journal). C’est l’un des moyens par lesquels l'industrie pharmaceutique va au-delà d'un marketing forcené, pour accomplir ce qu’il convient d’appeler ghost management : gestion fantôme, contrôle invisible mais omniprésent de toute la filière médicament et de l’information médicale, décrits en détail dans l'article cité ci-dessus.

Cette révélation faite par le journal The Scientist a été complétée le 7 mai, puis dernièrement le 4 juin dans l’article « Elsevier tweaks custom pub rules » (Elsevier tord le cou aux usages en matière de publicité pour ses clients), signé toujours par Bob Grant.

Il y a eu en tout neuf fausses revues fantôme éditées par Elsevier pour le compte de laboratoires que l’éditeur refuse de nommer, tout comme il refuse de dévoiler le montant des transactions. Et treize autres revues déjà enregistrées, mais pas publiées. Décidément, le monde médico-pharmaceutique est hanté...

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06/07/2009

Selon Arznei-Telegramm, Sanofi-Aventis désinforme sur la sécurité du Lantus, lié à un risque accru de cancers

Cette note est à lire à la suite de celle-ci : "Lantus / insuline glargine et risque de cancers. Trois études renforcent les vieux soupçons. Arznei-Telegramm logo.jpgArznei-Telegramm demande le retrait du marché".

Il s’agit d’une étude de grande ampleur faite par l’Institut d’évaluation de la qualité et du rapport coût/efficacité des médicaments (IQWiG, institut indépendant, cauchemar de l'industrie pharmaceutique allemande). Les résultats de deux autres études observationnelles vont dans le même sens d'une augmentation du risque de cancers sous Lantus. Il faut lire la note citée pour comprendre les résultats, ainsi que les tenants et aboutissants.

La revue médicale allemande indépendante Arznei-Telegramm (Télégramme du médicament) persiste et signe. Après la demande de retrait sur le marché, motivée dans le texte traduit par Pharmacritique dans la note déjà mentionnée, elle a envoyé le 3 juillet une autre alerte à son réseau, mettant en garde tout le monde contre la stratégie de défense adoptée par Sanofi-Aventis. En plus de dire que l’IQWiG sèmerait des peurs injustifiées, la firme tente de désinformer quant au risque de cancer sous Lantus en brandissant une étude qui n’a pourtant pas de pertinence en la matière. Par contre, elle est très pertinente s'agissant d'illustrer les énormes conflits d'intérêts des auteurs et le fait que Sanofi-Aventis a fait tout le travail: du financement à l'évaluation des données et à la rédaction du texte (détails à la fin de la note). Quant au parle du ghost management... Cette gestion et ce contrôle invisibles, mais omniprésents de toute la recherche et de tout le circuit de l'information sur le médicament que nous avons illustrés en parlant de Merck.

Pharmacritique vous propose une traduction intégrale de cette dernière alerte d'Arznei-Telegramm.

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29/06/2009

Des "Médecins sous influence" pharmaceutique propagent les biais et la désinformation comme jadis la fièvre puerpérale, selon Peter Mansfield

La chaîne australienne ABC a posté le 25 mai dans sa rubrique tribunes et prises de position ("Unleashed") un texte édifiant du Dr Peter Peter Mansfield virtualcongress.jpgMansfield intitulé "Under the Influence" (Médecins sous influence). Pharmacritique vous propose une traduction.

Peter R. Mansfield est le directeur de l’association Healthy Skepticism, peu active et fortement influencée par la façon anglo-saxonne de percevoir l'ensemble du système de santé, mais dont les objectifs en matière de lutte contre la promotion pharmaceutique trompeuse sont louables.

[NdlR: J'ai retiré plusieurs fragments pour les réécrire avec plus de précisions].

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10/06/2009

"Les Médicamenteurs" sur l'opacité de l'évaluation et de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) des médicaments: extraits vidéo

Voici quelques courts extraits, montés par Rue 89, du documentaire "Les Médicamenteurs", présenté par Pharmacritique dans la note "Les médicamenteurs: enquête sur l'influence du lobby pharmaceutique, marketing acharné, désinformation, conflits d'intérêts...". Note dans laquelle vous trouverez un extrait vidéo plus long et des explications et des liens permettant d'approfondir les questions évoquées dans le film.

La problématique de ces extraits-ci est celle décrite en détail dans notre note "Progrès thérapeutique nul en 2008, dit Prescrire. Multiples critiques des procédures d'AMM responsables de l'inflation de médicaments mal évalués". (AMM veut dire autorisation de mise sur le marché). A la fin de ces extraits du film et après Philippe Even et Bruno Toussaint, Gilles Bouvenot, président de la Commission de transparence de la Haute autorité de santé (HAS), souligne lui-même que, sur la centaine de médicaments soumise à l'évaluation de la HAS chaque année, les vraies innovations qui apportent un certain progrès thérapeutique se comptent sur les doigts d'une main. Tout le reste, ce sont des copies à peine modifiées de molécules anciennes - appelées "me too" ou "suiveurs" - ou d'autres pseudo-inventions bénéficiant uniquement à l'industrie pharmaceutique, pas à la santé. Les nouveaux médicaments sont présentés comme des révolutions par un marketing tout-puissant, ce qui entraîne une explosion des prix. Avec la complicité des autorités sanitaires qui octroient des autorisations de complaisance, sans véritable analyse des rapports coût/efficacité et bénéfice/risques.

Elena Pasca

09/06/2009

Associations de patients financées par les labos: leurs conflits d'intérêts en font des moyens de pression sur les décisions politiques

Assoces industrie Prescrire.jpg
Plusieurs textes en rapport avec les débats actuels autour de la loi HPST détaillent ce que cette illustration parue en février 2005 dans la revue Prescrire nous fait parfaitement comprendre.

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27/05/2009

Influence des cadeaux et publicités de l'industrie pharmaceutique sur la pensée et les prescriptions des médecins

gadgets influence Senator Pen.jpg

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26/05/2009

Conflits d’intérês et contrôle de l’information médicale par les labos. Emission avec la participation de Healthy Skepticism

Le numéro du 26 mai de l’émission Insight de la chaîne SBS est intitulé « Drugs and Doctors » (Médicaments et médecins); il met en scène un Argent WSJ iStock Photos.jpgdébat sur le degré d’influence de l’industrie pharmaceutique sur les médecins et sur ses conséquences. Les participants sont des figures représentatives du monde médico-pharmaceutique australien (industrie, médecins pro-pharma, médecins critiques, dont deux représentants de Healthy Skepticism, association dont je suis membre), ainsi que des patients invités à dire ce qu’ils pensent de cette interaction permanente des médecins avec les laboratoires.

Cette émission d’une heure peut être regardée en ligne sur cette page de SBS. A quand une telle émission en prime time sur une chaîne française ?

Voici les grandes lignes pour les lecteurs qui ne parlent pas anglais.

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10/05/2009

Merck et Elsevier ont édité une fausse revue médicale: outil marketing pour Fosamax et Vioxx. Ghost management révélé lors du procès Vioxx

Le numéro du 30 avril du journal The Scientist révèle dans l’article intitulé "Merck Published Fake Journal" que la firme Merck a payé un logo_ELSEVIER.jpgmontant tenu secret à Elsevier, l’une des plus grandes maisons d’édition scientifiques au monde, pour que la société Excerpta Medica qu'il détient édite une fausse revue médicale intitulée The Australasian Journal of Bone and Joint Medicine. La présentation faisait penser à une revue à comité de lecture (peer-reviewed journal), mais n’était en fait qu’un outil publicitaire pour les médicaments de la firme.

Le British Medical Journal en a rendu compte dans un article paru le 28 avril, mais en insistant sur certaines preuves produites par la défense des victimes du Vioxx et sur la réponse de la firme: "Merck disguised "marketing publication" as medical journal to help promote Vioxx, court hears" (Merck a fait passer une "publication publicitaire" pour une revue médicale, afin de consolider la promotion du Vioxx).

The Scientist s’est procuré les deux premiers deux numéros, parus en 2003 (voir les PDF ici et ici). Outre les éditoriaux non signés, ils ne contenaient qu'une sélection d'anciens articles reproduits ou des résumés, à des fins de marketing et sans aucune déclaration des conflits d’intérêts et du fait que la revue était financée par Merck. La désinformation est d’autant plus criante qu’il n’y avait d’annonces publicitaires explicites que pour le Fosamax (acide alendronique) et pour le Vioxx (rofécoxib). Tout le reste avait l’air d'une vraie revue à comité de lecture.

Cette fausse revue a permis au laboratoire d’influencer les médecins en matière de dépistage et de traitement de l’ostéoporose et d’endormir leur vigilance quant aux risques du Vioxx. Même ceux qui prennent la peine de demander aux visiteurs médicaux ou dans les réunions de formation médicale continue autre chose que de la publicité directe ont pu être bernés.

Nous avons déjà parlé des ghostwriters (auteurs fantôme). Voici maintenant la revue fantôme… Elle parfait la stratégie habituelle de ghost management de l’industrie pharmaceutique (gestion, influence et contrôle invisibles de tous les aspects de la recherche et de l’information médicales, depuis la production jusqu’à la diffusion).

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08/02/2009

Publicité directe pour les médicaments: un dollar investi en rapporte 17 en chiffres de vente pour les pharmas (APSF)

L'affiche originale est sur le site de l'Action pour la Protection de la Santé des Femmes (Canada). DTCA signifie publicité directe aux consommateurs (direct-to-consumer advertising), que la Commission européenne est en train d'imposer en vidant les interdictions actuelles de leur substance et sous prétexte de l'information du patient et d'un renforcement de la pharmacovigilance (sic)... Lire à ce sujet les notes de Pharmacritique réunies surout dans les catégories "Publicité directe aux consommateurs" et "Autorités d'(in)sécurité sanitaire". La note "Que vaut l’"information" par les firmes ou "publicité directe aux consommateurs"? Rien pour les patients, tout pour l'industrie!" expose les grandes lignes de cette extraordinaire régression et porte ouverte à toutes les manipulations, présentée comme une possibilité de mieux informer et "éduquer" (sic) les usagers et les malades, par exemple par une aide (ou accompagnement) à l'observance du traitement. Tous les prétextes sont bons pour que les laboratoires obtiennent un accès direct aux patients...

Elena Pasca

Pub directe au consommateurs Action santé femmes Canada.jpg

Elena Pasca

31/01/2009

Vaste programme de visite académique en vue en Ontario, pour contrecarrer l'influence de la visite médicale commerciale sur les médecins

Pharmacritique a parlé dans cette note et dans celle-ci de ce qu’est la visite académique tout comme de la volonté états-unienne de financer un programme de academic detailing ou outreach visit, qui reprend l’idée de la visite médicale, mais faite par des professionnels de santé indépendants. (A noter que le sénateur démocrate Herb Kohl, à l'origine du projet états-unien, soutient aussi la nouvelle version du projet de loi sur la transparence des sommes versées aux médecins par les firmes, main dans la main avec le justicier républicain Charles Grassley).

Le premier programme canadien de visite académique a été celui de Nova Scotia. D’autres ont vu le jour dans les provinces Alberta, Manitoba et Saskatchewan, mais ils souffrent d’une absence chronique de fonds qui limite leur impact et ne leur permet pas de contrecarrer efficacement l'impact de la visite médicale commerciale payée par les firmes pharmaceutiques.

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24/01/2009

Conflits d'intérêts: Enquête du journal "Der Beobachter" sur le financement des associations de patients par l'industrie pharmaceutique

Le journal suisse Der Beobachter, édité par Axel Springer, se définit comme une composante d'une plateforme plus large de défense des corruption Frapru Canada.gifconsommateurs. Dans son numéro du 20 août 2008, Christoph Schilling signe un article remarquable sur les conflits d’intérêts résultant des liens financiers des associations de patients avec l’industrie pharmaceutique : "Patienten-Organisationen: Geldspritzen von der Pharma" (Associations de patients sous perfusion financière de l’industrie pharmaceutique).

Les affirmations sont étayées par une enquête édifiante auprès de plusieurs associations, donc par des chiffres et par des propos de responsables associatifs. Le texte se passe de commentaires. Pharmacritique vous propose une traduction intégrale, avec l’aimable autorisation de la rédaction.

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21/01/2009

Les patients veulent plus de transparence sur les conflits d'intérêts de leurs médecins, selon une enquête australienne

Le Medical Journal of Australia publie ce mois-ci (janvier 2009) un article intitulé "Patients expect transparency in doctors’ relationships with the pharmaceutical industry" (Les patients demandent de la transparence dans les relations des médecins avec l'industrie pharmaceutique).

Il s'agit des résultats, analysés par Martin Tattersall et al, d'une enquête anonyme auprès de 906 patients fréquentant trois centres de médecine générale - un centre hospitalier et deux structures privées de Sydney -, cherchant à savoir comment ils perçoivent les interactions entre médecins et firmes pharmaceutiques et quels sont leurs souhaits quant à la déclaration des conflits d'intérêts des praticiens. Un questionnaire en 18 points leur a été soumis en octobre et novembre 2007. Nous parlons des résultats globaux, dont le détail peut être lu dans le texte original en libre accès, puis rappelons les positions de Pharmacritique et de certaines de ses références habituelles, à l'aide de liens.

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09/01/2009

La Croix sur l’influence du marketing et des visiteurs médicaux sur les prescriptions des médecins et leur coût

Le numéro du 5 janvier du journal La Croix contient un article intitulé "Les médecins sous pression des laboratoires". Il n’est pas inintéressant, caca_vrp.gifmais fait preuve d’une naïveté certaine quant à l’efficacité de l’interdiction de remettre des cadeaux aux médecins… Et puis un repas, autorisé, qu’est-ce que c’est ? Juste une façon de mieux faire avaler le discours publicitaire entre la poire et le fromage, sous couvert d’"hospitalité", autre terme noble perverti pour les besoins de la banalisation de la corruption et des conflits d’intérêts…

Mais l’article rappelle au moins que 95% des médecins reçoivent toujours les visiteurs médicaux – nom impropre des VRP des laboratoires - et que ce contact exerce une forte influence, quoique souvent inconsciente et niée, sur leurs prescriptions. Et à lire les justifications – les rationalisations - invoquées par les médecins pour se défendre, on se demande s’ils ne se fichent pas du monde… Recevoir un visiteur médical pour qu’il ne se fasse pas licencier… Et pourquoi ne pas défendre la guerre, tant qu’on y est, pour que les soldats ne restent pas désoeuvrés ?

Il y a quand même quelques affirmations plus lucides : « "Le discours des visiteurs, quasi exclusivement dicté par le marketing, n’a guère d’utilité (…). Depuis plusieurs années, il n’y a pas eu de progrès majeurs sur les médicaments en médecine générale". (...)

 

« Reste une question essentielle : quelle est l’influence des visites sur les ordonnances ? "Malgré le recul critique des médecins, la visite médicale a une influence certaine sur les prescriptions. (…) Après une phase de diffusion de l’information, elle influe sur les comportements de prescription à travers la qualité de la relation visiteur-médecin notamment, en favorisant la “mémorisation” de tel ou tel produit", affirme l’IGAS. (...) "Tous les médecins vous diront toujours qu’ils sont plus forts que le marketing des labos. Moi aussi, c’est ce que je pensais pendant les dix années où j’ai reçu des visiteurs, raconte le docteur Clary. Et puis, un jour, on m’a mis sous le nez la liste de toutes mes prescriptions. J’en suis presque tombé par terre, réalisant que je prescrivais des médicaments que je jugeais sans intérêt. C’est toute la force de la publicité, de la communication, et il faut reconnaître à l’industrie une redoutable efficacité dans ce domaine", conclut ce médecin. »

 

Rappelons la charte de la revue Prescrire, "Visite médicale : no merci!" et toutes les notes de Pharmacritique à ce sujet, réunies sous les catégories "Des visiteurs médicaux et de leur impact", puis "Visite académique, contre-visite, DAM".

 

Illustration : Joupy.com

 

Elena Pasca

Copyright Pharmacritique

04/01/2009

Que vaut l’"information" par les firmes ou "publicité directe aux consommateurs"? Rien pour les patients, tout pour l'industrie!

Commençons par le rapport rendu en 2006 par des chercheurs du Centre de recherche sur les politiques et les services de santé de l’université de Colombie Britannique (Canada), sous la direction de Barbara Mintzes, parce qu'il est fort instructif et balaie toutes les prétentions de l'industrie pharmaceutique à l'"information" et à l'"éducation" prétendument désintéressée... Le rapport a été commandité et financé par le Conseil canadien de la santé, structure créée par le ministère canadien de la santé pour éclairer les choix stratégiques en la matière. Il a l'immense mérite d'analyser et évaluer non seulement la situation canadienne, mais aussi celle des deux seuls pays dans lesquels la "publicité directe aux consommateurs" (PDC ou DTCA : direct-to-consumer advertising) est autorisée, à savoir les Etats-Unis et la Nouvelle-Zélande.

 

Les recommandations préconisent le maintien de l’interdiction de cette publicité et le durcissement des réglementations actuelles sur certains aspects. Elles se fondent sur les résultats clairement négatifs du rapport, qui nous apprend ce qu’on pensait déjà : les velléités informatives et éducatives revendiquées par l’industrie pharmaceutique ne sont que du vent. Leur poids ne se mesure qu’en termes de chiffres de vente fortement augmentés, pour les produits habituellement les plus chers et les moins testés, car à peine mis sur le marché. Selon un rapport officiel américain, un dollar investi dans la publicité directe peut rapporter jusqu'à 6 dollars de plus en termes de vente. Raison pour laquelle le budget marketing se concentre de plus en plus sur ce type d'investissement, appelé "marketing relationnel" ou "communication patient", au détriment des formes plus anciennes de promotion : "Des visiteurs médicaux aux pubs télévisées" est le slogan choisi comme titre pour la note de Pharmacritique rendant compte de cette tendance, soulignée en 2007 par le journal l'Expansion. Il est évident que l'industrie pharmaceutique n'a pas attendu l'onction de la Commission européenne pour aller dans ce sens. Elle se savait en terrain conquis...

 

Comme on peut le voir en lisant les différentes sources listées à la fin, la publicité directe aux consommateurs ne tient aucune de ses promesses, hormis celle de profiter aux firmes : elle n’améliore pas la qualité des soins, n'entraîne pas une meilleure observance (prise correcte des médicaments), n’amène pas les patients à rechercher les soins nécessaires plus tôt, n’offre pas de renseignements fiables sur les pharmacothérapies et les maladies, n’améliore pas les relations médecins – patients, né réduit pas les dépenses de santé, enfin, elle ne responsabilise et n’autonomise nullement les patients.

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23/11/2008

Jörg Blech, "Les inventeurs de maladies" ou les mécanismes du pharmacommerce de la peur : disease mongering et fear mongering

On ne peut pas parler du façonnage des maladies / disease mongering sans recommander la lecture de l’ouvrage de Jörg Blech, Les Blech Babel.jpginventeurs de maladies. Manoeuvres et manipulations de l’industrie pharmaceutique, paru en 2005 chez Actes Sud et réédité cette année chez Babel.


Martin Winckler saluait "un livre salutaire" qui "explique comment l’industrie pharmaceutique a, entre autres : imposé la baisse arbitraire des normes de cholestérol pour que des gens parfaitement normaux aient l’air malade ; fait naître la terreur de l’ostéoporose chez les femmes ménopausées afin de favoriser la consommation de médicaments destinés à "prévenir les fractures" ; manipulé l’opinion afin d’élargir la consommation de médicaments destinés à "traiter l’impuissance masculine" ; surmédicalisé les femmes, les enfants et les personnes âgées, etc. "

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27/10/2008

Formation médicale continue indépendante? Si, si, nous assure le blog FMC. Juste "avec le soutien institutionnel de Pfizer"

Et Pfizer n’est, comme tout le monde sait, qu’une ONG venant en aide à des médecins nécessiteux en manque de formation (publicitaire), Pfizer.jpgpour des raisons purement humanitaires et philanthropes…

Nous venons juste de parler du Dr Bernard Ortolan, président du Conseil national de la formation médicale continue des médecins libéraux (CNFMC), qui est allé prêter main forte aux exigences du FMC Pfizer blog FMC.jpgL€€M disant que les firmes seraient les meilleurs sources d’information objective sur les médicaments et devraient, en tant que telles, pouvoir informer les patients. Elles ont un code de déontologie (sic), dont nous avons saisi l’essence dans cette image, et ne feront jamais, au grand jamais ! de la publicité.

Revoilà le Dr Ortolan et quelques autres, dont Denise Silber, sur le blog FMC en train de nous convaincre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes de la formation médico-pharmaceutique continue (FMC) :

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12/09/2008

Arnold Relman s’en prend aux médecins inféodés aux firmes, auxquelles ils abandonnent jusqu'à leur formation médicale continue

Le numéro du 3 septembre du JAMA (Journal of the American Medical Association) contient trois commentaires sur le thème des relations Corruption Eric Uslaner.jpgentre médecins et industrie pharmaceutique. L’un d’eux est signé par Arnold S. Relman et s’intitule "Industry Support of Medical Education" (Pharmacritique traduit l'intégralité du texte, réservé aux abonnés). Nous avons présenté brièvement le Pr Arnold Relman dans cette note où nous traduisions un excellent texte de cette grande figure de la résistance à la corruption par les Big Pharma : "Ethique et valeurs médicales dans un monde marchand où la santé n’est qu’un commerce parmi d’autres".

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06/09/2008

Crestor inutile dans l'insuffisance cardiaque (nouvelle confirmation)

Le Crestor d’Astra Zeneca se révèle insuffisant dans l’étude sur l’insuffisance cardiaque, nous apprend une dépêche de Reuters en date du 31 1552121174.jpgaoût (Astra's Crestor fails in new heart-failure study).

 

L’étude GISSI-HF ne trouve aucun effet de prévention cardiovasculaire et de réduction de la morbimortalité par rapport aux patients ayant eu un placebo. L’étude CORONA, dont les résultats ont été rendus publics en novembre 2007, est arrivée à la même conclusion.

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25/08/2008

"Le facteur humain" : le marketing pharmaceutique prend les médecins par les tripes, dit Mansfield

Il peut être choquant de parler du fait que la publicité et les visiteurs médicaux prennent les médecins par les affects, les sentiments, 1893831702.jpgl’irrationnel, la dimension libidinale - bref, par les tripes. Nous en avons parlé ici et ici, par exemple. Et pourtant, c’est quelque chose que l’industrie pharmaceutique connaît bien et exploite consciemment dans ses stratégies publicitaires. C’est ce que montrent aussi ces deux courts extraits des classiques du marketing pharmaceutique. Ils sont cités par Peter R. Mansfield - médecin australien qui a fondé le chien de garde anti-corruption en médecine Healthy Skepticism - dans une conférence donnée en septembre 2006 à Berlin.

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22/08/2008

L’"attirance sexuelle" et affective entre visiteurs médicaux et médecins: outil de manipulation efficace, dit Shahram Ahari

Je rends compte ici d'un témoignage et d'un débat dans les media et dans certains milieux politiques des Etats-Unis. Il ne s'agit pas de prendre parti, ni de stigmatiser toute une profession. La situation est différente en France, la formation des visiteurs médicaux et leurs pratiques sont différentes. A lire donc avec les précautions et les réserves de rigueur.

 

Shahram Ahari, ancien visiteur medical pour le compte d’Eli Lilly, a témoigné au mois de mars dans une audition du Sénat des Etats-Unis 1777635602.jpgpréparant des dispositions législatives sur la limitation de l’influence de l’industrie sur les médecins par la mise en place d'un réseau d'information médicale indépendante ("visite académique"). Son témoignage est édifiant quant aux tactiques de vente des firmes pharmaceutiques et les instructions qu’elles donnent à leurs VRP pour influencer les médecins et leurs prescriptions, y compris en créant puis en exploitant une "attirance sexuelle", un climat ambigu de quid pro quo lors des visites "médicales". L'image, tirée de Radio Canada, renvoie à un récepteur aux phéromones dans l'organe voméro-nasal des humains (détectant les odeurs sexuellement attirantes).

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11/08/2008

L’Ordre allemand des médecins dans le viseur de l’Office antitrust pour avoir proposé de la pub en guise de formation médicale continue

Voici un article du journal Süddeutsche Zeitung (à peu près l’équivalent de notre Libération), en date du 2 juillet 2008 : Werbung in Schulungen (« Des publicités dans les programmes de formation »).

 

Je traduis sans commentaires le texte de Kristina Läsker, qui a été cité par la revue médicale indépendante Arznei-Telegramm dans un article mettant l’accent sur les conséquences de cette désinformation publicitaire pour l’ensemble de l’information-santé : La formation médicale continue accréditée par l’ordre des médecins : foire publicitaire et capitulation devant les firmes.

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03/08/2008

Financement public d’une visite académique: projet législatif pour contrecarrer l’influence pharmaceutique

Le Congrès des Etats-Unis vient de proposer un amendement au code de la santé qui permettrait le financement public de programmes 889191819.jpgd’éducation indépendante et non biaisée des professionnels de santé en matière de médicaments et de soins. Le circuit actuel de l’information médicale et toutes les pratiques qui s’y rapportent sont "chargés de conflits d’intérêts", dit le sénateur démocrate Herb Kohl, qui est à l’origine de l’Independent Drug Education and Outreach Act of 2008 (IDEA). L’intention est claire : neutralisation du marketing de Big Pharma par l’offre d’une source alternative d’information pour les professionnels de santé et les patients. Visant l'intérêt public et non pas l'augmentation du chiffre d'affaires et du cours de l'action en bourse.

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