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23/04/2012

"Quand la complicité médico-pharmaceutique dévoie le savoir médical", par Pierre Biron

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Par le Pr Pierre BIRON *

 

À l’époque de Louis XIV, le roi prenait comme maîtresses et honorait des faveurs de la cour les filles de grandes familles puissantes qui auraient pu faire ombrage à son pouvoir quasi absolu ou le contester; ainsi, toute cette famille était pour ainsi dire neutralisée[2].

Aujourd’hui, l’industrie des produits médicaux accorde ses faveurs et appuie l’ambition professionnelle d’une poignée de leaders d’opinion de spécialités médicales au grand pouvoir de prescrire; ainsi, toute la spécialité est pour ainsi dire neutralisée. De la cardiologie à l’oncologie et la diabétologie en passant par la psychiatrie, la pédiatrie, la gériatrie et la médecine générale, tout dépend des profits escomptés. Ainsi, les infectiologues sont peu courtisés, car l’industrie délaisse la recherche en antibiothérapie; ce n’est pas assez payant, les patients guérissent souvent et après quelques années de commercialisation, la résistance bactérienne s’installe.

Les experts qui cèdent à la tentation de devenir des leaders d’opinion – de méchantes langues les surnomment dealers d’opinion – peuvent acquérir une grande renommée, exercer beaucoup d’influence sur leurs pairs, siéger sur des comités qui rédigent les recommandations cliniques (clinical guidelines) aux prescripteurs, arrondir leurs fins de mois, conseiller les assureurs publics, paraître comme auteurs d’articles pas toujours écrits par eux-mêmes. Et mener à des dépenses inutiles sans pour autant améliorer tangiblement la santé.

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01/02/2011

Entrevue virtuelle avec Jean Peneff: "La France malade de ses médecins" [1]

Par Pierre Biron jean peneff sociologie de la médecine,la france malade de ses médecins,surmédicalisation surmédicamentation,prescriptions médicales irrationnelles,dr knock médicalisation,disease mongering médecine,clinique et technicisation médecine,abus de prévention médecine,commerce privatisation médecine

médecin et anciennement professeur-chercheur en pharmacologie à l’Université de Montréal [2]


Question – Le rôle traditionnel de soignant est-il en train d’être détrôné par un rôle de pourvoyeur en vue de meilleures performances du corps humain ?

Réponse – Oui… la recherche du plaisir, la stimulation des sens, l’accroissement des capacités physiques, sexuelles, sportives ou intellectuelles font partie des nouvelles exigences des classes aisées urbaines. On passe ainsi de ‘maladie’ à ‘trouble de santé’, de ‘santé’ à ‘dépassement de soi’ avec recherche de performances, travail sur les sensations ou les sentiments à partir de la chimie, ou travail sur l’apparence.

Q – Comment pratiquent alors ces médecins devenus des pourvoyeurs et des « gros prescripteurs » plutôt que des soignants prudents?

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21/10/2008

Les firmes pharmaceutiques profitent de la crise, malgré l’absence d’innovation. Elles vont dévorer les biotech

Pharmaceutical Business Review reprend une étude de la société d’analyse économique Datamonitor sur l’état financier actuel et les Argent Pharmalot.jpgperspectives de l’industrie pharmaceutique. On apprend que celle-ci non seulement n’est pas affectée par la crise, mais a toutes les chances d’en sortir renforcée et de racheter plein de sociétés de biotechnologies, les seules qui apportent de l’innovation thérapeutique…

 

Les 20 firmes les plus grandes disposent de liquidités propres chiffrées à 7,5 milliards de dollars et ne dépendent donc pas du tout des marchés financiers. Le taux moyen de dette des institutions financières – en proportion du capital - est de 95%, alors que celui de l’industrie pharmaceutique est de… 6%. Pfizer mène le bal avec à peu près 25 milliards de dollars en liquidités et en investissements rentables à court terme, suivi de près par Novartis.

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18/09/2008

Marcia Angell dénonce la manipulation de la recherche clinique et le contrôle de l’information médicale par l'industrie pharmaceutique

Cet excellent texte de Marcia Angell porte sur les multiples manipulations et mensonges qui décrédibilisent l’ensemble de la recherche observance Prescrire.jpgmédicale et les publications et pratiques cliniques qui en résultent. Le titre original est Industry-Sponsored Clinical Research. A Broken System (La recherche clinique financée par l’industrie: un système grippé). Ici comme ailleurs, Angell nous oblige à ouvrir les yeux et à nous interroger sur notre propre complicité dans la perpétuation de ce système pourri qui entérine une manipulation par une autre, à l’infini…

Pharmacritique vous propose une traduction de ce texte paru dans le JAMA du 3 septembre, qui contient deux autres commentaires sur plusieurs formes de conflits d’intérêts en médecine. Nous avons traduit l’un d’eux dans la note Arnold Relman s’en prend aux médecins inféodés aux firmes, auxquelles ils abandonnent jusqu'à leur formation médicale continue. Les textes de Relman et d’Angell sont complémentaires.

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25/07/2008

"L’envers de la pilule" par Jean-Claude St-Onge. Le façonnage des maladies: principal moteur du commerce pharmaceutique

L’émission "Indicatif présent" de Radio Canada a réalisé en novembre 2004 une interview avec Jean-Claude St-Onge, auteur du livre 1672201482.jpgL'envers de la pilule. Les dessous de l'industrie pharmaceutique, paru en 2004 aux éditions Ecosociété. Le lien vers l’interview est à la fin de cette page.

Et voici une présentation du livre, avec des exemples de disease mongering. Ce procédé très lucratif consiste à inventer des maladies, par exemple en médicalisant des aspects physiologiques tels la ménopause. Ou en présentant des traits de personnalité tels la timidité comme des pathologies handicapantes. Quel parent résistera à une publicité disant que la timidité - érigée en "phobie sociale" ou "anxiété sociale" - risque de gâcher la vie de son enfant, alors que "des solutions existent" ?

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19/05/2008

Les façonneurs de maladies, héritiers du Dr Knock, ancêtre du disease mongering...

Les firmes pharmaceutiques et les médecins qui en soignent les finances en appliquant la stratégie marketing dont fait partie le disease mongering (façonnage ou invention de maladies) sont les dignes héritiers du Dr Knock (personnage de Jules Romains), passé maître dans l’art d’amener un patient en bonne santé à se découvrir une vraie maladie à la place d’un désagrément occasionnel ou d'une parfaite santé… L'exagération des facteurs de risque, l'abus de prévention auquel on assiste de nos jours, la surmédicalisation et surmédicamentation, la médicalisation et marchandisation des états d'âme, les recettes publicitaires, le pharmacommerce de la peur... tout y était déjà. A voir ou à revoir…

11/05/2008

La dépendance au tabac bombardée maladie chronique à traiter indéfiniment. Avec Champix et Zyban et les substituts nicotiniques pour méthadone…

D’autres preuves, si besoin était, pour voire à qui profite la politique hygiéniste de contrôle social qui cherche à tout normaliser, aseptiser, lisser, réglementer…

Deux médecins connus pour leurs attitudes critiques à l’égard de l’influence de l’industrie pharmaceutique, Adriane Fugh-Berman et Douglas Melnick, signent le 25 avril un article intitulé Smoke and Mirrors ("Fumée et écrans de fumée"). Ils dénoncent le dernier cas connu de « disease mongering », terme indiquant l’invention de toutes pièces d’une gamme de symptômes ou de caractéristiques qui sera médicalisé et déclaré « maladie », problème de santé publique, etc. Et ce rien qu’à des fins de marketing : pour vendre tel médicament ou élargir son marché.

La nouvelle invention nous est assenée par un article récent de la revue Annals of Internal Medicine : The Case for Treating Tobacco Dependence as a Chronic Disease : "Arguments en faveur du traitement de la dépendance tabagique comme une maladie chronique", même une fois que le fumeur a ... arrêté de fumer. 

La dépendance au tabac serait une maladie comparable à l’asthme ou au diabète ( !!) et imposant donc des traitements de longue durée, voire à vie…

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21/02/2008

"Disease mongering", élargir le marché de Big Pharma: un médicament pour chaque état d'âme, pour chaque maladie

 Il y a de nos jours un médicament pour tout ; c’est le rêve de ce PDG disant qu’en bon commercial, il doit faire en sorte que tout le monde prenne les médicaments de sa firme, pas seulement les malades…

On y arrive peu à peu, en médicalisant tout, du moindre vague à l’âme aux étapes naturelles de la vie, comme la ménopause. Les firmes créent un médicament pour tout – à l’exemple des "lifestyle drugs", sorte de médicaments de confort ou plutôt de conformisme social. Grâce aux réseaux d'experts en médecine à leur service parce que payés par les firmes (cf. les notes sur les conflits d'intérêts, la corruption, le lobbying), elles redéfinissent les standards de "normalité" dans toutes les spécialités médicales, de façon à ce que de plus en plus de personnes bien portantes soient étiquetées comme malades et puissent se voir proposer un traitement médicamenteux.

Diverses démarches de ce type sont ciblées par le syntagme disease mongering, abordé dans ces notes. On le traduit par "façonnage de maladies". Il désigne aussi les méthodes consistant à trouver un marché pour un médicament que les firmes cherchent à placer ou à repositionner sur le marché, et c'est le cas de ceux dont le brevet arrive à expiration et pour lesquels les firmes cherchent une nouvelle forme, une nouvelle indication, quitte à inventer des maladies, des syndromes et surtout des vagues troubles - selon les habitudes du DSM détaillées dans d'autres notes sur ce blog.

Et lorsqu'un marché est juteux - comme pour les médicaments qui baissent le taux de cholestérol, la pression artérielle, la glycémie, etc. - toutes les firmes veulent développer elles aussi une énième version des classes de médicaments qui existent déjà (appelés me-too). Et il arrive souvent qu'elles cherchent une indication particulière pour leur produit qui n'apporte aucun progrès thérapeutique, mais qu'elles doivent présenter - grâce à une communication habile utilisant toutes les techniques classiques de marketing, d'influence, de persuasion - comme révolutionnaire; elles jouent sur notre attirance pour tout ce qui est nouveau, assimilé à un progrès. Et la nouveauté qui n'apporte rien se paie cher, puisque les prix des médicaments doivent payer les sommes dépensées non pas tellement en recherche et développement, mais surtout en lobbying, en pantouflage, en communication - ce que j'appelle la désinformation organisée -, et tout l'argent servant à entretenir le réseau de conflits d'intérêts des médecins et les moyens de les influencer directement ou indirectement.

Sans oublier les méthodes de disease mongering consistant à redéfinir les maladies et les syndromes qui existent déjà, en élargissant les critères, en baissant les seuils dits "normaux" de certains examens de laboratoire, comme le taux de glycémie ou de cholestérol, les valeurs de la pression artérielle, l'indice de masse corporelle à partir duquel l'on peut parler d'obésité, et ainsi de suite. Un exemple classique est la redéfinition extrêmement vague du trouble bipolaire par rapport à son ancêtre: la psychose maniaco-dépressive. Les perdants sont évidemment et ceux qui souffrent d'un véritable trouble bipolaire, désormais "dévalorisé" par l'inflation injustifiée de tels diagnostics, et ceux qui sont diagnostiqués pour rien et prennent des médicaments inutiles. La même "dévalorisation" par l'inflation vaut pour les autres pathologies; et elle arrive dès qu'il y a surmédicalisation, industrialisation, donc un marché dont de plus en plus de firmes et de plus en plus de praticiens de toutes sortes veulent profiter.

Une nouvelle technique de contrôle social, sur le modèle du biopouvoir? A méditer...

Et voici un exemple de disease mongering facilement compréhensible grâce à la caricature: un nouveau "lifestyle drug" (médicament de confort, médicament découlant d'un mode de vie) pour les croyants. Car, dans son immense philanthropie et générosité, Big Pharma a tout tenté pour décharger les pauvres pécheurs des poids des repentances, des prières à répétition, de la culpabilité, de la pénitence… Et si Big Pharma allait à l’Eglise, de quoi ça aurait l’air, se demande Mike Adams ?

Qui disait que l'Occident risque d'oublier ses racines chrétiennes? Big Pharma nous montre qu'elles sont toujours vivantes! La pratique catholique de vente des indulgences et autres rémissions de péchés et absolutions contre de la monnaie sonnante et trébuchante  n’est pas si loin… La Réforme est venue nettoyer un domaine qui n’aurait pas dû être contaminé et déformé par l’argent. Et dans les rapports médecine – industrie pharmaceutique, qui et quand fera le ménage ? C'est la question…Dans la caricature, le croyant dit: pardonnez-moi, mon père, car j'ai péché. Le prêtre lui répond, tout sourire:  "Mon fils, on a une pilule pour ça!"

Un médicament pour faire pénitence, mais, sur le même modèle, l'industrie pharmaceutique nous propose un médicament pour chaque maladie qui pourrait nous arriver. Les firmes proposent cela, car c'est leur fonds de commerce. Mais n'oublions pas l'autre membre de cette dyade symbiotique que les laboratoires pharmaceutiques forment avec les médecins, avec la bénédiction du conseil de l'ordre des médecins, qui valide toutes les activités commerciales des praticiens et les contrats (conventions) qu'ils signent avec les industriels. Les firmes pharmaceutiques ne pourraient rien mettre en pratique sans le consentement des médecins. Ce sont eux qui se laissent influencer, prescrivent et légitiment la démarche de surmédicalisation en étendant de plus en plus le domaine de la médecine préventive, jusqu'à un véritable acharnement dans la surmédicalisation, et c'est pourquoi l'on peut parler à juste titre d'abus de prévention, comme on parle d'acharnement thérapeutique pour certaines personnes maintenues artificiellement dans un état végétatif, etc.

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