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17.07.2011

Endométriose: le combat du Dr David B. Redwine contre les pseudo-traitements hormonaux, la psychologisation et la chronicisation

A la suite de cet article traduisant l’interview accordée par le prix Nobel Richard Roberts au journal La Vanguardia sur les agissements des David Redwine endosurgeon.jpglaboratoires pharmaceutiques pour chroniciser des maladies, j’ai promis des exemples. En voici un, et pas insignifiant, puisqu’il s’agit d’une maladie dont souffre au moins une femme sur dix : l’endométriose.

Ce n’est que le premier d’une série d’articles consacrés à l’endométriose (où le nom du Dr David B. REDWINE reviendra souvent) et à ses pseudo-traitements hormonaux qui la chronicisent pour le plus grand bonheur de Takeda Abbott, Ipsen, AstraZeneca, Ferring, Organon… et des médecins qu’ils paient. Un nombre très important de praticiens vivent de cette chronicisation (gynécologues médicaux, psychosomaticiens, psychiatres, psychanalystes, endocrinologues, guérisseurs de toute sorte…). La guérir, mettre un terme à cette véritable industrie de l’endométriose, impliquerait une énorme diminution de revenus de ces satellites des labos et des praticiens désinformés par le discours dominant, par une formation médicale continue assurée par des leaders d’opinion qui donnent leurs avis d’experts depuis des congrès luxueux qui ont lieu à Monte Carlo ou sur d’autres plages. Voici un exemple patent:

Le Dr Jean BELAISCH, promoteur de la psychologisation de l’endométriose en France, avec le soutien inexplicable d’une EndoFrance contestée, contente tous les acteurs de cette industrie : ceux qui vivent de la chronicisation par les médicaments et ceux qui vivent de l’absence patente de l’efficacité de ces derniers (psys, guérisseurs, etc.)... Le Dr Jean Belaisch a proposé de contourner la chirurgie et privilégier un « traitement empirique » médicamenteux pendant des années, avec des progestatifs et des analogues agonistes GnRH. Contourner la chirurgie veut dire médicamenter lourdement à l’aveugle, en prenant, outre le risque d'effets indésirables, le risque d'une erreur de diagnostic. Car on ne peut diagnostiquer l'endométriose que par la chirurgie, sans parler du diagnostic différentiel par rapport à un cancer des ovaires, par exemple, que seule l'analyse anatomopathologique permet d'exclure. De plus, le Dr Belaisch a fait ces propositions en 2007 lors des « Gynovations », luxueuse formation médicale continue annuelle, sponsorisée cette année-là par pas moins de 42 laboratoires pharmaceutiques et avec un « programme social » très opulent...

Je me demande pourquoi veut-il médicamenter lourdement et pendant des années des femmes souffrant d'une maladie dont il suppose qu'elle aurait pour cause (!) un « traumatisme psycho-sexuel » (viols, incestes, d'autres sévices sexuels) ou un abandon par les parents, dans la moitié des cas. Curieuse « cause » qui ne s'appliquerait qu'à la moitié des patientes du Dr Belaisch, avec tous les biais de recrutement existant dans la patientèle d'un médecin étiqueté depuis des décennies comme mettant tout ou presque sur le dos du psychisme, pour justifier les mauvais résultats des traitements médicamenteux, et sans la moindre étude pour étayer ses suppositions. Cette "cause" est frappée de nullité d'emblée pour tous ceux qui ont des notions de psychologie et de psychanalyse, car la relation de causalité ne s'applique pas au psychisme. C'est de la spéculation, au mauvais sens du terme. J'y reviendrai.

La seule chance de guérison, c’est une chirurgie selon certaines règles strictes, dont la première est qu’elle soit faite sans aucun « traitement » préopératoire et se base sur des examens qui cartographient les lésions et qui n’ont de chance de les voir toutes que lorsqu’ils sont faits en dehors (et même à distance) de tout pseudo-traitement hormonal. L'imagerie et l'examen clinique devraient être faits de préférence juste avant ou pendant les règles, lorsque les lésions atteignent leur maximum de visibilité. C'est là que les inflammations en surface indiquent aux chirurgiens qu'il faut creuser en profondeur, c'est là que les plans de clivage peuvent être très nets, que l'étendue des lésions apparaît, etc.

Je commence la série par la traduction d’un texte de l’excellent Dr David B. Redwine : « Endométriose, ignorance, politique et "le choix de Sophie" » (c’est-à-dire un choix impossible). Il illustre parfaitement le calvaire des femmes endométriosiques et la torture psychologique et morale qu’elles ont à subir de la part de bon nombre de médecins, en plus de celle physique. Car l’endométriose est d’abord une maladie très douloureuse, avant d’être un souci de fertilité dans 30% des cas environ. La fertilité n’est autant mise en avant que parce que la misogynie – dont l’un des symptômes est la réduction des femmes à des utérus sur pattes, pondeuses d'hommes - est fortement enracinée dans nos cultures (voir mon article sur les racines de cette misogynie, à partir du livre de Guy BECHTEL, « Les quatre femmes de Dieu : la putain, la sorcière, la sainte et Bécassine », où j’ai abordé aussi des aspects liés à l’endométriose et à un dérapage récent en France).

En 2003, le rédacteur en chef de Gynaecology Forum, Stephen Killick, a demandé au Dr David B. Redwine de réunir plusieurs experts de renommée internationale autour de lui, pour consacrer un numéro au seul traitement efficace de l’endométriose: l'exérèse radicale conservatrice. Radicale parce qu’elle éradique toutes les lésions d’endométriose en même temps, quelle qu’en soit la localisation (intestins, vessie, ligaments, diaphragme, poumons, foie, péritoine, ovaires…), et conservatrice parce qu’elle ne cède pas à la facilité consistant à enlever les organes. Le point commun des intervenants est de ne pas céder non plus à une autre facilité qui se révèle être contre-productive et instaure un cercle vicieux infernal pour les femmes endométriosiques : les prétendus « traitements hormonaux » (analogues agonistes GnRH [Enantone, Décapeptyl, Zoladex, Synarel, Supréfact…], les progestatifs macro-dosés [Surgestone, Lutényl, Lutéran…], le danatrol [Danazol]…) rendent la chirurgie incomplète, tout en exposant à des risques d’effets secondaires dont certains peuvent être très sévères, voire même irréversibles. Le schéma est totalement irrationnel: traitements médicamenteux inutiles et risqués (et qui retardent les grossesses ou créent des risques pour le foetus) --> chirurgies incomplètes --> autres traitements médicamenteux inutiles et risqués...

Je traduis ici l’introduction à ce numéro de Gynaecology Forum, faite par le Dr David B. Redwine, l’un des pionniers de l’exérèse radicale conservatrice et l'un des meilleurs chirurgiens actuels de l'endométriose. Merci à lui de m’avoir autorisé à traduire plusieurs de ses textes et les publier sur Pharmacritique. Et surtout un grand merci de m’avoir ouvert les yeux, à moi comme à beaucoup d’autres. Car c’est en lisant certains textes du Dr David Redwine, puis en correspondant depuis 2002 avec des professionnels de santé et des usagers états-uniens engagés que j’ai commencé à comprendre l’étendue et les conséquences de l’influence de l’industrie pharmaceutique sur l’ensemble du système de santé, de formation et d’information des médecins comme des usagers.

J’ai compris aussi à quel point les femmes endométriosiques françaises sont désavantagées. Parce que moins de dix chirurgiens français sont capables de faire une exérèse complète – et que même l’énorme majorité d'entre eux ne la font pas, parce que, du fait de leurs conflits d’intérêts, ils utilisent les pseudo-traitements hormonaux en préopératoire... Tout en sachant qu'ils se condamnent d'emblée à l'échec et à la répétition des interventions.

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