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05/05/2011

"Antidépresseurs: l’overdose" (marchandisation de la dépression ; effets secondaires des antidépresseurs)

J’ai répondu avec plaisir à l'invitation de la revue Alternative Santé d’écrire sur les antidépresseurs. Après un article paru dans le numéro de mars 2011 sous le titre "Violence sur autrui : 31 médicaments en cause" (p. 17), qui reprend quelques informations données dans cette note, j’en ai fait un plus détaillé et plus spécifique, paru dans le numéro de mai sous le titre (donné par la rédaction) "Antidépresseurs : l’overdose" (pp. 18-21).

Il est toujours délicat d’aborder toute une classe de médicaments dans un seul article, même long, parce qu’il y a beaucoup de différences entre les divers types d’antidépresseurs (tricycliques, ISRS, ISRSN...) et donc entre leurs effets secondaires : différence de nature, de gravité, de fréquence… Cela reste un article de vulgarisation, car je ne suis pas une professionnelle de santé et n’ai aucune prétention de production d’information médicale. J’essaie d’être un passeur d’informations, tout en donnant beaucoup de références de livres et d’articles indispensables, pour que les lecteurs qui le souhaitent puissent approfondir le sujet.

J’aborde en une première partie la marchandisation de la dépression, rappelant quelques-unes des étapes du processus de "production historique" (Monique Debauche, Janet Currie) de cette "épidémie", mentionnant le disease mongering, quelques méthodes de marketing et de désinformation et quelques biais qui rendent celle-ci possible. Dans la deuxième partie, il est question d’abord de la faiblesse scientifique de l’argumentation de l’industrie pharmaceutique : l’absence de preuves fiables quant à l’utilité, à l’efficacité et au bénéfice clinique des antidépresseurs (sauf dans Whitaker 2 clair.pngles dépressions "graves") ; l’absence de preuves scientifiques fiables pour démontrer l’hypothèse théorique d’une dépression qui aurait une cause biologique (déséquilibre des neurotransmetteurs, en particulier de la sérotonine). Puis j’essaie d’évoquer les effets secondaires les plus graves (d’autres étant détaillés dans un encadré), avec les précautions de rigueur.

Il ne s’agit pas de diaboliser ces médicaments, ni de les rejeter en bloc ou de proposer autre chose à la place. Il s’agit simplement de rappeler certaines failles dans la genèse des informations actuelles et le rôle du marketing et des conflits d’intérêts dans ce qui nous est présenté comme de la science, et ce afin d’exiger un usage rationnel de ces médicaments. Car au vu de tous les facteurs fort empiriques qui concourent à l’avènement de cette "épidémie artificielle" de dépression, parfaitement décrite par Robert Whitaker dans un livre choc, au vu de l’efficacité limitée aux dépressions graves, au vu d’effets indésirables bien documentés, eux, on peut se demander pourquoi les médecins nous font courir autant de risques. Je parle de la prescription massive d'antidépresseurs chez des personnes présentant de vagues "troubles" - dont la liste s'allonge  d’année en année avec le concours du DSM -, de même que chez des personnes ayant des vagues à l’âme ou une souffrance psychique d’origine diverse. Une médicalisation à outrance de tous les aspects de la vie, la psychologisation qui de pair avec l'individualisme, un standard de "normalité" artificielle et la redéfinition de la "santé" (qui englobe désormais un vague "bien-être complet" des individus) entretiennent le "mythe de la cure chimique" (Joanna Moncrieff) censée gommer les aspérités de la subjectivité et les souffrances d'individus aux prises avec des phénomènes socio-économiques systémiques sur lesquels ils n'ont aucune prise.

La question qui s’impose : "A quand un usage rationnel des antidépresseurs et une évaluation méthodologiquement fiable et dénuée de biais et de conflits d’intérêts ?"

Le livre de Robert Whitaker s’intitule Anatomy of an Epidemic. Magic Bullets, Psychiatric Drugs and the Astonishing Rise of Mental Illness, Random House 2009.

Pour un complément de lecture sur Pharmacritique, je renvoie aux articles réunis sous les multiples catégories ayant trait à la psychiatrie, à la dépression et aux effets secondaires de certains médicaments, aux méthodes marketing… et en particulier aux articles accessibles à partir de ces pages : « Dépression, antidépresseurs », « Conflits d’intérêts en psychiatrie ; DSM », "Disease mongering, façonnage de maladies », « Normalité, contrôle social, culture psy », « Médicalisation de la vie, surmédicamentation ».

A propos d’Alternative Santé, je voudrais signaler un très bon article de Michel de Lorgéril, paru dans le numéro de mars sous le titre « Cholestérol, statines et cerveau ».

Elena Pasca

01/10/2010

Conférence internationale de Healthy Skepticism: "Selling Sickness", du 7 au 8 octobre à Amsterdam

Tous les détails sont sur cette page de l'équipe "Gezonde Scepsis", qui a organisé cette conférence internationale de l'association "Healthy sellingsickness_logo.jpgSkepticism" (dont je fais partie), avec un financement et la participation du ministère néerlandais de la santé et de l'Institut néerlandais pour un usage rationnel des médicaments (Instituut voor Verantwoord Medicijngebruik). L'office régional européen de l'OMS participe lui aussi au financement.

La conférence aura lieu à Amsterdam, à l'hôtel Mövenpick, du 7 au 8 octobre inclus, sous le titre "Selling Sickness" (Vendre des maladies [pour vendre des médicaments]), qui est en fait le titre d'un livre de Ray Moynihan et Alan Cassels pour désigner l'une des techniques de base du phénomène marketing appelé "disease mongering", imparfaitement traduit en français par "façonnage de maladies" ou parfois "invention de maladies".

Pharmacritique a été parmi les tout premiers blogs ou sites français à aborder ce véritable exploit du marketing pharmaceutique et à en décortiquer les grandes lignes et significations, et à nommer les auteurs qui ont contribué à forger et/ou à diffuser largement ce syntagme. J'en parle à beaucoup d'endroits, mais les articles les plus "concentrés" sur le sujet sont accessibles à partir de cette page.

 

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23/07/2008

Procès Zyprexa: charge virulente du juge contre les autorités sanitaires qui ont laissé faire Eli Lilly

Le juge new-yorkais Jack Weinstein a prononcé le 17 juillet les arguments en ouverture du procès contre Eli Lilly pour les effets indésirables 1908805734.jpgde l'antipsychotique Zyprexa (olanzapine). Pharmalot a scanné le texte, qu’on peut lire sur cette page.

Il contient une charge d’une rare véhémence contre les instances publiques de régulation, les autorités sanitaires et particulièrement contre l’agence du médicament (FDA). Que ne donnerions-nous pas pour avoir un jour un cadre législatif-juridique qui permette à nos juges de nommer un chat un chat, et ce publiquement ! On peut toujours rêver…

Quelques liens sont insérés à la fin du texte, pour plus de détails sur l'affaire Zyprexa.

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09/07/2008

Gezonde scepsis: association néérlandaise de lutte contre la corruption des médecins par les firmes

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Il n'y a pas de petite corruption, il n'y a pas de petit cadeau sans conséquences.

Gezonde Scepsis ("Scepticisme sain", à l'instar de l'australien Healthy Skepticism) est une association qui a vu le jour en novembre 2005 pour lutter contre la corruption des médecins par l'industrie pharmaceutique. Ses premiers pas ont été soutenus par l'Institut néérlandais pour un usage responsable du médicament (Netherlands Instituut voor Veranwoord Medicijngebruik).

Gezonde scepsis s'inscrit dans le réseau associatif No free lunch!, qui s'étend et se densifie depuis les Etats-Unis jusqu'à l'Australie.

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